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lundi 26 septembre 2011

Séance privée ...



    Les coffee-shops laisse exhaler des vapeurs d'herbe. Les regards sont hagards, la Venise de Nord a le cafard. De Paris, où il travaille, Guillaume m'impose l'âpreté calculée de son silence. Il y a trop de gens qui t'aiment, Guillaume ... Je devrais raconter ici la luxure bestiale, extravagante, inexplicable, mais après deux bières dans les bars cuirs de la Warmoesstraat désertée, j'ai passé l'entrée d'un cinéma avec une pancarte indiquant " Gay ". Je me sentais hors de propos que le nom de l'endroit : L'Adonis. L'écran élargissait l'image haute définition d'un bel engin luisant, large, poilu en sa base. C'était un hommage à un roman céleste de Gilles Leroy, Madame X. Minuit n'était pas passé, des têtes bougeaient au dessus de corps à demi pliés et les visages, extatiques, se renversaient.
    J'allais m'en aller quand je vis que des gars passaient derrière l'écran, où un décor de porno bon marché avait été recrée : à droite, une cage, à gauche, un lit de plastique noir et au fond une balancelle de cuir. Un homme pelotait sa braguette comme si elle renfermait un canon. Un boulet proposé proposait à chacun un poppers éventé. Tout ça m'a rappelé Yanko, défunt sex-club de la place de Clichy à Paris, acmé de mixage social. Ma nostalgie me fit sourire. Un bel égaré prit ça pour lui et baissa très vite un épais jogging gris où je vis des jambes ultrafines moulées dans un long boxer blanc étincelant. Je humais l'odeur de lessive du caleçon, la peau aux senteurs d'amande, je le pelotais comme un douanier vicelard à l'aéroport, pour vérifier sa réalité. Il a ri.
    C'était absurde que je ne sois pas plus direct, alors il m'a attrapé la nuque pour me conduire à sa bouche. Une émotion déconcertante, tant c'était caressant au palais. Comme un fruit classique d'apparence, sa langue me caressait et diffusait des notes suaves, de l'herbe locale rafraîchie d'un goût sucré non identifié. Il était placide. Comme s'il souhaitait ralentir cette course folle qui allait immanquablement nous amener, dans ce lieu gris, à vivre magie qui surgit, partout, souvent, quand deux hommes décident que ce moment n'est rien qu'à eux. Il a saisi entre ses doigts mes épaules nouées par le manque, il a attrapé mon ventre lourd, il a fureté, avec son nez, comme s'il allait me déguster. J'aurais pu, trop vite, baisser ce caleçon, j'avais envie de tout goûter, de tout quitter. Déjà, j'en voulais plus.
    Quand il m'a pris la main, je l'ai suivi pour partir de là et monter, pataud, à l'arrière de son vélo. Tout en pédalant, il a glissé une main à l'arrière de mon blouson, je l'ai moi-même descendu sur mes fesses. La porte d'un minuscule appartement passée, j'ai senti sa vigueur. Très vite, chacun de nos membres a trouvé son passage. Nous manions le latex et le gel comme des duettistes chevronnés, de vieux partenaires. Quand, à plat ventre, je le sentais aller et venir en moi, je sus qu'il avait trouvé le rythme. Ses hanches contres mes fesses, c'était une evidence. Ses morsures, ses griffures, ses chairs, ses yeux, ses nerfs, j'aimais tout. Au petit matin, après la hâte et le repos,je vis, enveloppée dans un brouillard blanc, l'eau du port, mystique et lointaine. Quentin, insatiable, me martelait que la vie était belle. Pour la première fois, je l'ai cru.

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